Les ISO remplacent les MP
(21 janvier 2010)
Pendant des annĂ©es, nous nous sommes inquiĂ©tĂ©s de voir le consommateur photographique seulement intĂ©ressĂ© par la croissance du nombre de MĂ©ga-Pixels (MP) dans le capteur de l’appareil photo (ou -plus souvent encore- sur la fiche technique de l’appareil photo). On a longuement rĂ©pĂ©tĂ© (sans vraiment ĂȘtre Ă©coutĂ©) que cette quantitĂ© seule n’Ă©tait guĂšre reprĂ©sentative de la performance de l’appareil photo. Ăa l’Ă©tait Ă l’Ă©poque oĂč les appareils avaient si peu de pixels (en dessous de 3-5 MP) que ce seul critĂšre Ă©tait bien prĂ©pondĂ©rant et l’emportait raisonnablement sur les autres.
Depuis 2009, on peut dire que la course aux pixels est arrĂȘtĂ©e. Tous les fabricants d’appareils photo ont plus ou moins dĂ©cidĂ© de se calmer sur la rĂ©solution : au delĂ de 12-15 MP, vous pouvez imprimer un tirage A4 (ou 20×30 cm) en belle qualitĂ©. La plupart des photographes n’iront jamais au delĂ . Alors pourquoi chercher Ă franchir les 20 MP ?
Presque tous les fabricants suivent maintenant Olympus et Nikon en s’efforçant d’agrandir leurs pixels pour y collecter davantage de photons et cela mĂšne Ă un accroissement de la sensibilitĂ© telle qu’elle est mesurĂ©e par le standard ISO. C’est trĂšs bien parce que cela veut dire que nos photos seront meilleures, et non pas inutilement plus fines. De plus, la sensibilitĂ© ISO est une bonne approximation pour la qualitĂ© d’image.
Quoi qu’il en soit, la pente reste glissante. On l’a dĂ©jĂ vu dans certains appareils photo compacts : un fabricant peut ĂȘtre tentĂ© de pousser une valeur maximum atteignable en ISO Ă une altitude ridiculement stratosphĂ©rique. Il ne s’agit pas seulement de savoir si votre compact peut faire du 1600 ISO, encore faut-il que les images produites soient utilisables (les algorithmes de rĂ©duction du bruit, poussĂ©s dans leurs derniers retranchements, passent les dĂ©tails Ă la pierre ponce et ne laissent plus autre chose que de vilains Ă -plats).
GĂ©nĂ©ralement, sur le marchĂ© du reflex numĂ©rique, on ne voit guĂšre ces artifices,, mais le risque reste lĂ . Avec Canon et Nikon en tĂȘte de la course avec des appareils photo (pros) au delĂ de 100.000 ISO, nous voyons dĂ©jĂ des chiffres Ă©tonnamment Ă©levĂ©s et des images passablement limitĂ©es (pour un pro).
Ne vous y trompez pas ! Je me rĂ©jouis par avance que la technologie se prĂ©pare Ă nous permettre de faire des photos dans une obscuritĂ© presque complĂšte et sans flash. Mais si ces deux fabricants trĂšs sĂ©rieux se sont dĂ©jĂ lancĂ©s dans la course pour atteindre la limite psychologique des ISO Ă 6 chiffres, d’autres, peut-ĂȘtre moins techniquement aptes, y parviendront par le simple artifice d’une image vraiment inacceptable. Et alors, la course inepte change de piste mais reste la mĂȘme : des chiffres sans vraie signification vont se prĂ©cipiter dans des fiches techniques qui ne remplaceront jamais un vrai test.
A mes yeux, le Canon EOS 1D Mk IV et le Nikon D3s sont passionnants parce qu’ils permettent de faire des photos superbes Ă 32.800 ISO, pas seulement parce qu’ils produisent une image Ă peine informative Ă 102.400 ISO. Restons trĂšs attentifs Ă ce que nous disons des produits prĂ©sents de Canon et Nikon et Ă ce que nous attendons des appareils futurs de toutes les marques d’appareils photo.
Nous restons des photographes et ne tombons pas dans l’admiration bĂ©ate du consommateur hypnotisĂ© par les chiffres. Souhaitons-le…




