La surprise de Sigma

La semaine dernière, Sigma a surpris son monde avec une annonce inhabituelle : Sigma Mount Conversion Service. Il s’agit d’offrir aux possesseurs des objectifs les plus récents de la marque (les séries Art, Sport et Contemporary ; actuellement sept objectifs en tout) la possibilité de changer de monture.

Vous aviez acheté un 35mm f/1.4 DG HSM en monture Canon mais vous voulez passer chez Nikon ? Alors, il suffira de renvoyer l’objectif à Sigma pour le voir modifié par les ateliers de Sigma USA pour en faire une version Nikon du même objectif. Plus besoin de revendre vos optiques chéries quand vous changez de boîtier.

Les prix : entre 100€/80$ (pour un objectif DN pour hybrides) et 325€/250$ (pour un 120-300mm f/2,8 « Sport »). [source Chasseur d’Images].

C’est une première mondiale mais la surprise m’apparaît moins dans la technologie que dans le processus de publication : rien n’avait filtré sur aucun site Internet jusqu’à quelques heures avant l’annonce. Et pourtant, il aura certainement fallu plus d’un an à Sigma pour organiser ce service et pour sortir les sept premiers objectifs qui y ont droit.

J’y trouve deux leçons passionnantes :

  1. Même une société comme Sigma qui n’est pas considérée comme paranoïaque peut parfaitement masquer une information très significative sur sa stratégie, y compris quand les produits qui l’accompagnent sont déjà sur le marché (les premiers objectifs ont été annoncés avec cette possibilité qui est restée soigneusement dissimulée au grand jour malgré son intérêt pour le public et à cause de l’avantage marketing de l’effet d’annonce qui était ainsi préparé. Bravo Sigma !
  2. Cette capacité à maîtriser la communication pour un fabricant photographique m’amène à poser ouvertement la question du fonctionnement des sites Internet qui diffusent activement (et de manière continuelle) des rumeurs sur la toile. D’où proviennent leurs informations ? L’expérience d’industries comparables montre que les sources se partagent en deux : d’un côté les petits rigolos qui essayent de se faire mousser avec des informations probables ou prévisibles (l’analyse intellignet fait beaucoup), de l’autre les marques elles-mêmes qui intègrent les sites web de rumeurs dans leur stratégie marketing, distillent des informations, produisent des vagues d’enthousiasme selon un calendrier parfaitement défini et maîtrisé.

Nous lisons tous régulièrement ces blogs à rumeurs. La presse papier se soumet également à la dictature de la fuite plus ou moins organisée. Mais il convient de ne pas oublier que malgré les efforts pour apparaître indépendant, professionnel et objectif, l’information y reste soit infondée soit d’origine majoritairement non-conforme à son apparence (rumeur ? désinformation ? Non ! Marketing).