Le viseur électronique va-t-il sauver la photo reflex ?

evf-sony-alpha-A77Avec la sortie des premiers appareils photo reflex pour expert équipés de viseur électronique chez Sony, la question est de plus en plus souvent posée de savoir si cela représente une opportunité technologique que les vieux cons de la photo préfèrent ignorer ou une solution approximative uniquement destinée à des clients peu exigeants. De fait, la vérité est un peu entre les deux et nous allons essayer de voir pourquoi.

Qu’est-ce qu’un EVF ?

EVF = Electronic ViewFinder, soit viseur électronique en anglais.

Il vaut mieux s’y préparer, ce terme d’EVF même provenant de l’anglais est très présent pour décrire ce type de viseur. De nombreux appareils compacts l’ont déjà adopté, mais c’est surtout dans les caméras vidéos que cette solution est la plus courante. Dans le viseur, au lieu de regarder l’image originale qui provient d’une optique plus ou moins complexe, on a l’œil sur un petit LCD (ou TFT, ou écran OLED, ou toute autre technologie proche) qui reproduit l’image saisie par le capteur CMOS de l’appareil (photo ou vidéo).

Après tout, ce n’est finalement que ce que nous connaissons tous en mode LiveView sur le LCD arrière des appareils photo compacts. Mais en tout petit dans le viseur de l’appareil.

Un écran LCD + un oculaire de visée = un viseur électronique EVF.

Dans certains cas, on y ajoutera un miroir pour des raisons de place.

EVF et appareil reflex

Viseur reflex
Viseur reflex

Un appareil photo reflex se caractérise par une technologie très éprouvée dans laquelle un miroir (mirror) renvoie l’image vers l’oculaire (eyepiece lens) via un pentaprisme (pentaprism) (ou un penta-miroir) comme dans la représentation ci-contre.

Bien entendu, comme le film (film plane and focal plane shutter) est masqué par le miroir, il faut le relever pour permettre de prendre la photo.

Tout cela est considérablement simplifié lorsque l’on installe un viseur électronique.

Avantages et inconvénients

Avantages et apports du viseur électronique

Le premier gain est donc mécanique et optique : si vous enlevez le miroir et le pentaprisme, la structure de l’appareil peut sérieusement se simplifier, s’alléger et voir son coût de fabrication réduit d’autant. C’est triplement vrai :

  • réduction du nombre de pièces
  • réduction de la complexité d’assemblage (ou de la main d’œuvre nécessaire)
  • facilité d’alignement des pièces optiques (un LCD et un œilleton, plutôt que toute une collection de pièces)

Mieux, la disparition d’une importante mécanique mobile a plusieurs effets importants :

  • augmentation de la cadence des rafales (il n’y a plus toute cette quincaillerie à agiter pour la moindre photo)
  • réduction du bruit de déclenchement (dans un reflex classique on entend surtout le claquement du miroir et le mouvement de l’obturateur ; autant enlever le premier)
  • allégement de la mécanique par réduction du nombre de pièce et parce que la cage qui accueille toute cela n’a plus à encaisser tous ces chocs et mouvements

Ensuite, le viseur électronique reproduit exactement ce que voit le capteur. La couverture à 100% du viseur optique a toujours été réservée aux reflex les plus coûteux, mais le viseur électronique est naturellement 100% sans effort particulier. Le luxe au prix de l’entrée de gamme.

Puis, le fait de disposer d’un écran LCD apporte la possibilité d’y ajouter toutes les informations possibles et imaginables. Les marques ont déjà présenté les éléments suivants sur un EVF :

  • Histogramme
  • Horizon artificiel
  • Zoom sur une partie de l’image
  • Indications numériques et techniques (diaph, vitesse, ISO, etc.)
  • Zones AF actives (y compris détection de visage)

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Fuji
evf-fujifilm-x100
Fuji X100
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Sony Alpha SLT-A77

En fait, il n’y a aucune limite puisque c’est un écran informatique qui affiche l’image aussi bien que les données. Au choix du designer du fabricant.

Mais ce n’est même pas tout. Le viseur électronique a aussi un énorme avantage quand la lumière manque : tant que le capteur voit quelque chose, il suffit d’amplifier le signal (comme pour changer de sensibilité ISO) pour que l’image affichée soit lisible. Si la photo est possible, l’afficher l’est aussi. Imaginez ! Un capteur de Nikon D3s pourra afficher ce qu’il voit même dans la quasi nuit noire où il peut travailler. Comme le grain ou le bruit numérique est un problème marginal pour un afficheur LCD (même à 3 MP), vous pouvez voir ce que le capteur va enregistrer même dans une pièce trop sombre pour être confortable avec un viseur optique.

Si vous comparez avec les viseurs optiques reflex les plus bas de gamme, l’EVF est absolument imbattable dans ces conditions : ces viseurs simples étaient déjà inconfortables, les EVF redonnent vie à des appareils utilisés à la maison.

Inconvénients et limitations du viseur électronique

Mais tout n’est pas rose. On retrouve un certain nombre des problèmes connus sur les appareils compacts utilisés en mode LiveView avec un LCD en face arrière.

Pour commencer, même si le viseur électronique est bien mieux protégé des reflets que le LCD arrière, il est sensible à quelques problèmes lors de l’utilisation par grand soleil. S’il y a bien une chose que le couple EVF-capteur n’aime pas, ce sont les hautes lumières : les blancs sont facilement pétouilleux et un peu éblouissants. On se retrouve facilement avec des grosses plages blanches plutôt que des zones lumineuses dans l’image. Le cauchemar est atteint quand on parle de contraste. Le viseur électronique ne sait pas bien couvrir une grande dynamique (ici pas de HDR !) Il faut choisir entre voir les hautes lumières ou les noirs.

De fait, l’œil humain est extraordinairement sensible et adaptable. Derrière un prisme et un miroir, en plein soleil de midi, il va s’adapter merveilleusement à des situations qui surexposent et saturent complètement le système purement numérique de l’EVF.

Mieux, l’œil est extraordinairement capable de passer en quelques centièmes de seconde de l’obscurité la plus complète à la lumière la plus violente sans que nous ayons seulement à y penser. Au contraire, le système d’un viseur électronique utilise une correction de gain qui va adapter en permanence la luminosité apparente en fonction de la luminosité réelle. Ce qui est un avantage pour y voir clair dans une pièce sombre, impose aussi un système d’auto-adaptation qui passe son temps à corriger et l’image s’assombrit ou s’éclaire en permanence en fonction de ce que l’appareil regarde. Pas forcément un problème, mais il faut s’y habituer… et ce n’est absolument pas naturel pour l’œil humain.

Ensuite, mais cela dépend beaucoup de chacun, regarder un écran informatique est plus ou moins confortable. De fait, si vous utilisez votre viseur pendant de longues heures (essentiellement si vous êtes un pro au pied des marches à Cannes, un amateur en safari pendant des heures, ou un touriste acharné à rapporter des photos de votre voyage), cela peut tourner au mal de crane. Pas pour tout le monde, pas toujours, mais cette possibilité est une vraie limitation pour certains. Au minimum, il faut absolument régler le correcteur dioptrique de manière parfaite pour limiter cet inconvénient. Et cela peut être plus sensible avec l’age du photographe… Nos yeux ne sont pas égaux devant le matériel photo, c’est malheureusement vrai.

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Sony Alpha : miroir semi-transparent et EVF

Enfin, même si les viseurs électroniques s’améliorent (et Sony a frappé un grand coup avec l’EVF à 2,3 millions de pixels du Sony SLT-A65 et du Sony SLT-A77 qui relèvent la barre pour tous les concurrents), la finesse du verre de mise au point d’un viseur optique traditionnelle est absolument incomparable avec ce que peut affichier un EVF aujourd’hui. Et de loin ! C’est pourquoi il est généralement proposé de rajouter la fonction de Zoom qui permet de mieux juger en grossissant une zone (une société comme Zacuto propose plutôt une exagération des bords constrastés pour rendre la tâche plus naturelle).

Si vous faites confiance à l’AF de votre appareil, on s’en moque un peu. Si vous peaufinez votre mise au point (en particulier avec un objectif USM, SSM ou autre, qui autorise la correction du point), si vous utilisez des objectifs à grande ouverture (qui exigent choisir très soigneusement sa zone d’AF), vous allez souffrir le martyr de devoir jouer avec le boutons pour simplement faire une mise au point qui ne demande que de regarder l’image sur un viseur optique reflex. Curieusement, Sony qui dispose de la merveilleuse technologie des verres AcuteMate (provenant de Minolta et encore aujourd’hui considérée comme le summum absolu), est le premier à s’en passer.

Sony a déposé un brevet qui décrit une méthode de mise au point qui n’impose pas le miroir semi-transparent, dans laquelle les capteurs d’AF sont intégrés directement dans le capteur d’image, mais il est probable que c’est davantage une méthode pour empêcher les concurrents d’exploiter cette solution (un peu compliquée mais ingénieuse) qu’une indication de ce qu’ils feront dans le futur. De même, Fuji utilise une solution assez similaire.

Tant que nous en sommes à parler de l’AF, il faut aussi mentionner que la disparition du miroir reflex signifie aussi que la mise au point se fait maintenant directement à partir de ce qui est vu par le capteur d’image. Là où le reflex traditionnel fait la mise au point juste avant la prise de vue, sur des capteurs à différence de phase (super précis, super rapides et pas très compliqués), le viseur EVF semble imposer une mise au point automatique par mesure du contraste directement sur l’image (très consommateur en cycles de processeur, intrinsèquement moins rapide). Sony, encore eux, a choisi d’insérer un miroir semi-transparent fixe pour permettre de garder une mise au point à détection de phase, mais ils sont les seuls – pour le moment.

Conclusion (temporaire ?)

Le viseur électronique n’est pas la panacée. Mais il répond à bon nombre de problèmes de la vieille technologie reflex, à commencer par réduire le prix des appareils photo numérique ce qui reste un objectif constant pour les constructeurs.

Les utilisateurs habitués au viseur optique des appareils entrée de gamme y verront de nombreux avantages immédiats et en particulier s’ils sont plutôt utilisateurs occasionnels ou s’ils viennent du monde des appareils compacts.

Les utilisateurs experts (sans parler des pros) seront sans doute plus partagés, même si les viseurs électroniques les plus avancés comme ceux de Sony sont en gros progrès. Comme j’ai lu dans un des articles à propos de ces nouveaux appareils, Sony a apporté d’énormes progrès mais cela reste un viseur électronique EVF. Pas parfait, mais avec des avantages pour compenser ses inconvénients.

Il vous reste à relire l’article pour choisir lesquels l’emportent. Mais il faut reconnaître qu’une difficulté majeure subsiste : on choisit généralement son appareil photo à l’intérieur d’un magasin (conditions idéales de présentation d’un EVF) et on l’utilise souvent en vacances l’été (conditions les pires pour un viseur EVF). Quelques déconvenues en vue si l’achat n’est pas plus raisonné que cela.


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Commentaires

4 réponses à “Le viseur électronique va-t-il sauver la photo reflex ?”

  1. Avatar de Yves Roumazeilles

    Important complément que vient de publier DPReview : de nombreux détails à propos du viseur OLED de Sony pour le SLT-A77 (ou A65) et pour le NEX-7.

    • C’est un display OLED blanc (avec un filtre coloré pour chaque pixel). Plus facile à faire qu’un OLED multicolore.
    • Les convertisseurs N/A sont intégrés dans l’afficheur (sous les pixels OLED).
    • Etudié et fabriqué par Sony.
  2. Avatar de Olivier
    Olivier

    La photo reflex est elle a sauver ?

  3. Avatar de A-snowboard
    A-snowboard

    Article sympa a lire.

    Par contre a par le pour et contre, l’article ne répond pas vraiment à la question qu’il se pose ! :p !

  4. Avatar de Yves Roumazeilles

    Eh eh ! L’article donne les éléments de la réponse mais laisse le lecteur décider. 🙂