Séisme japonais, impact sur les LCD

Pour ceux qui voudraient comprendre le type d’impact que le tremblement de terre au Japon a pu avoir sur la fabrication des panneaux de LCD, je vous invite à vous reporter à l’excellent article de DisplaySearch Blog (Impact of the Japanese Earthquake on the FPD Industry) qui n’a pourtant été écrit que trois jours après le séisme lui-même, donc bien avant une véritable évaluation des conséquences réelles.

Canon 5D Mark II Firmware Update from 1.0.6 to 1.0.7
Creative Commons License photo credit: eirikso

En quelques mots pour ceux qui ne sont pas à l’aise avec l’anglais :

  • Au delà du peu de dégâts, le simple arrêt des usines de production est un problème.
  • Des usines comme Hitachi Display (Chiba prefecture), NEC’s Gen 2 (Akita prefecture), Toshiba Fukaya & Ishikawa, ou Epson Gen 2 produisent surtout des panneaux de petite taille, donc sans impact notable sur le gros des marchés (la télé à écran plat). [Mais cela touche directement les applications comme la photo évidemment]
  • L’article balaye les technologies afin de faire un état des lieux et on peut y voir (ou découvrir pour beaucoup) la diversité des produits qui entrent dans un LCD : glass tanks (pour faire les panneaux bruts dit mother glass), composants électroniques, filtres de couleur, Anisotropic Conductive Film (ou ACF) pour le collage de composants électroniques à la surface du verre.
  • Les outils de production et de développement sont aussi touchés, mais on n’en change pas tous les jours, donc le risque immédiat y est faible.
  • L’état des stocks de beaucoup de composants ou d’éléments au moment du séisme est décisif dans les conséquences à long-terme.

Par les informations dont je dispose personnellement, je peux confirmer que cette analyse pour générale qu’elle soit est très bien informée (on n’en attendait pas moins d’un excellent blog technologique comme DisplaySearch Blog).

Mais ils sont allés plus loin encore dans les détails avec un autre article (Emerging Disruptions to the FPD Supply Chain). On y trouve des détails sur plusieurs technologies clés qui n’étaient pas mentionnées dans le premier article :

  • NF3 (Nitrogen Trifluoride), un gaz qui sert dans le nettoyage de chambres à vide. Les stocks étaient très bas avant le séisme et il est en pénurie sérieuse.
  • ITO (Indium Tin Oxide), le composé utilisé pour dessiner les pistes conductrices invisibles d’un LCD est fourni sous forme de pastilles dites « cibles » dont la production est majoritairement au Japon et l’un des premiers producteurs est actuellement encore défaillant.
  • Les pigments colorés sont une spécialité de quelques firmes japonaises et certaines couleurs sont en grande pénurie à l’échelle mondiale, même si des solutions de remplacement peuvent rapidement se déployer.
  • La mention de Hirose, fabricant de micro-connecteurs, sera particulièrement remarquée par les photographes étant donné que Canon et Nikon figure parmi leurs très gros clients.

  • Les micro-connecteurs qui sont utilisés sur les LCD ou autour des LCD (mais aussi entre les composants de nos appareils photo) sont dramatiquement touchés.
  • Les équipements de production (steppers) d’origine Nikon pour le dessin de semi-conducteurs sont terriblement impactés et certains lancement industriels prévus dans quelques mois pourraient en être fortement perturbés aussi bien pour des microprocesseurs nouveaux que pour des écrans de technologie récente (AMOLED par exemple).

A ce que l’on sait, toute cette industrie est actuellement en train de finir l’évaluation des dégâts (cette seule remarque donne une idée de l’ampleur). On m’a signalé des ingénieurs qui circulaient dans leur usine à la lampe de poche ou avec des lampes frontales alors que le personnel n’avait pas encore pu rejoindre les postes de travail.

Je vous laisse imaginer la tâche devant eux. Je vous laisse aussi imaginer l’énergie qu’ils sont tous en train de déployer pour relancer cette mécanique normalement bien huilée qui est l’industrie.

L’annonce d’hier par Sony (via TTKN) mentionnait encore plusieurs usines de la division Sony Chemical & Information Device Corporation (voir mention de l’ACF plus haut) qui n’avaient pas encore pu reprendre toutes les opérations au 28 mars.