Histoire de trois photos : 10 conseils

Voici trois photos que j’ai prises dimanche dernier lors d’une petite visite au lac du Der-Chantecoq.


Grèbe huppé, à contre-jour

Grèbe huppé, à contre-jour

Grèbe huppé au lever de soleil

Grèbe huppé au lever de soleil

Canard, en vol, à contre-jour

Canard, en vol, à contre-jour

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Si vous voulez seulement profiter de la photographie, vous pouvez en demander un tirage en grand format sur RedBubble (ou plus simplement une carte).

Mais je crois que l’histoire de ces trois photos est un exemple de ce que je parviens parfois à bien faire en photographie. Il était une fois…

Le lieu

Le lac du Der est situé entre Troyes et Saint Dizier, aux portes de la Champagne. C’est un volume créé par l’homme pour servir de déversoir et de régulateur du cours de la Marne qui peut s’y répandre en cas de crue. Plusieurs villages y ont été noyés lors de sa construction entre 1967 et 1974. Les oiseaux d’eau et les migrateurs ont adopté ses 4800 ha (le plus grand lac artificiel de France) comme lieu de passage et le classement en Réserve Nationale de Chasse et de Faune Sauvage leur assure la protection. C’est donc devenu un lieu de rendez-vous courant pour les amateurs d’ornithologie (avec ou sans appareil photo).

Conseil : si les spécialistes y vont, vous pouvez leur faire confiance.

L’heure

Je voulais aller y jeter un oeil depuis longtemps, mais il a fallu un petit coup de tête (« pourquoi ne pas y aller profiter du lever du soleil puisque je n’ai rien de mieux à faire demain ? ») pour lancer le mouvement. Souvenons-nous que les heures extrêmes (lever et coucher du soleil) offrent des lumières plus riches et des moments plus calmes (moins de touristes). Il faut parfois accepter un petit effort pour faire une jolie photo (ce n’est pas qu’en safari africain que l’heure est importante).

Malgré tout, j’ai fait un peu fort en me levant à 3h30 pour prendre la voiture depuis Paris et arriver au moment du lever du soleil…

Conseil : n’ayez pas peur de vous lever tôt (ou de vous coucher tard).

La météo

J’aurais dû regarder la météo avant de partir : brouillard sur les 60 derniers kilomètres.

Conseil : consultez la météo.

Quoi faire avec un manque de lumière qui interdit toute couleur vive (ce que je fais le plus facilement : des couleurs « pétantes ») ? Choisir une approche totalement différentes : le monochrome. Si j’avais vérifié la météo, j’aurais peut-être hésité à partir tôt et je n’aurais eu que l’après-midi grise.

Conseil : ne consultez pas la météo, utilisez les conditions pour le meilleur qu’elles ont à offrir.

Le cadrage

Ce n’est pas un hasard si ces trois images sont cadrées verticalement. Bien des images passent mieux (cela fait moins « amateur ») une fois qu’elles ont été cadrées dans le sens de la hauteur. Bon nombre de mes meilleures photos sont cadrées verticalement (il faut remplir ce cadre, mais c’est souvent plus dynamique).

Conseil : pensez toujours à vérifier si un cadrage vertical « ne serait pas mieux ».

Grèbe huppé au lever de soleil

Grèbe huppé au lever de soleil

La composition

On nous dit parfois de ne pas écouter les conseils, mais en matière de composition, les règles millénaires restent importantes. L’une d’elles, la composition en tiers, consiste à couper l’image en trois zones, par le choix de l’emplacement du sujet.

Dans l’image ci-contre, je crois que je n’ai pas mal réussi cette composition. Le grèbe est au tiers bas, le buisson au tiers haut (ne chipotons pas sur les mesures, j’ai introduit des décalages légers pour compenser les masses relatives de l’un et de l’autre).

Dans le cas du grèbe à contre-jour, la composition fait appel à 1/3 et 2/3. Dans la partie haute, il pourrait y avoir un objet (le buisson sur l’autre photo, par exemple), mais j’ai choisi de laisser seulement le soleil remplir cet espace. Là aussi, la composition en tiers est utilisée et… très légèrement perturbée.

Canard, en vol, à contre-jour

Canard, en vol, à contre-jour

Pour l’image du canard, j’ai voulu profiter du reflet pour faire un effet de miroir. J’aurais pu créer une symétrie parfaite entre les deux silhouettes, mais « ça ne marchait pas ». J’ai donc recadrer très légèrement pour redonner un peu d’air et d’espace au dessus de l’oiseau pour son envol.

Nous voilà avec une composition centrée, décentrée.

Conseil : choississez votre composition avant de déclencher.

Développement et finition

Une fois la photo prise, il est possible de passer à l’étape de développement (comme pour une image argentique, mais avec des moyens informatiques). Ce n’est pas le plus facile, mais je trouve que c’est plaisant et l’ordinateur autorise les erreurs, les essais, les reprises sans avoir à payer les produits chimiques.

Grèbe huppé, à contre-jour

Grèbe huppé, à contre-jour

Ici, tout est possible. La première chose possible, peut-être la plus facile, est de recomposer l’image. Le grèbe huppé de droite n’était pas composé en tiers au déclenchement. En fait, les énormes contrastes lumineux rendaient la mise au point un peu plus aléatoire qu’à l’accoutumée. J’ai donc choisi de faire la mise au point sur l’oiseau avec le collimateur le plus sensible (le central) et de ne pas recadrer au déclenchement mais au tirage. J’en ai aussi profité pour recentrer plus parfaitement le reflet (cet oiseau passant son temps à nager, à plonger, etc., je ne voulais pas manquer le plus important et j’ai gardé une part de finition au tirage).

Mais cette image a aussi posé un assez gros problème de développement. Cela ne se voit pas beaucoup sur la version de taille réduite présentée sur Internet, mais c’est assez critique pour un tirage de poster ; deux pièges se présentaient dans l’image originale :

  • Je voulais garder la structure très particulière des reflets : vus de près, il s’agit de lame de métal blanc brûlant dont je voulais préserver la matière propre.
  • L’oiseau en contre-jour très violent présentait une légère auréole rouge.

C’est un cas où j’ai choisi d’exploiter directement la version Raw plutôt que le JPEG. Merci à Adobe Camera Raw pour sa capacité à retravailler simultanément, les défauts optiques comme cette auréole (avec une finesse de réglage appréciable), la netteté de l’image et l’équilibre des couleurs (c’est important même si l’image ne comporte presque que cinq teintes impressionnistes).

C’est aussi l’exploitation du Raw qui a permis de conserver la tendresse de la couleur rose de l’autre grèbe.

Même en travaillant plus simplement, le canard a mérité une correction soignée du rendu avec les courbes Photoshop.

Finalement, les deux images monochromes ont reçu un soigneux nettoyage des petits détails : chaque reflet de l’eau a été pesé et vérifié. Quelques uns ont été retirés. Beaucoup de détails ont été surveillés. Par exemple, les acquéreurs d’un tirage grand format du vol du canard pourront noter la présence des gouttes d’eau qui tombent de l’oiseau et les reflets des plus grosses d’entre elles.

Conseil : ne négligez surtout pas le tirage.

Mais je n’ai fait ces efforts que sur trois images. 80 déclenchements, un tri fanatique, mais je ne veux pas m’épuiser sur des images qui ne le méritent pas vraiment au départ. J’ai peu à peu appris que le tri ne vaut pas la peine d’être fait sur le terrain, mais qu’il doit être absolument drastique. Les images non-retenues n’auront pas besoin d’apparaître ailleurs que sur une planche-contact numérique sous Adobe Bridge.

Conseil : soyez fanatique dans votre tri, ne développez que vos meilleures photos.

C’est plus facile si vous aviez une idée claire de l’image à faire au moment d’appuyer sur le bouton ; les images que vous avez prises sont toutes liées par cet objectif initial.

Conseil : décidez de la photo que vous voulez faire, ne vous contentez pas d’appuyer sur le déclencheur.

La chance

Une fois que vous avez mis tous les atouts de votre côté, un peu de chance ne fera pas de mal. Sur ces trois images, chacune a sa part de hasard.

  • Dans les reflets du soleil, je pensais bien trouver une belle lumière mais je ne m’attendais pas aux formes en coups de pinceaux qui sont arrivées.
  • Le monochrome presque parfait du « grèbe rose » aurait été impossible si le brouillard n’avait pas masqué totalement le soleil pendant 30 ou 40 minutes.
  • Le reflet du canard n’est fonction que du léger souffle qui ridait la surface du lac. Un peu plus ou un peu moins et l’image aurait été toute différente. Elle m’aurait sans doute moins plu.

Conseil : Ayez de la chance ! Après tout le reste, vous l’avez bien mérité.

Maintenant, si vous le souhaitez et si vous n’avez pas été rebuté par les explications, vous pouvez encore vous offrir un tirage en grand format sur RedBubble.